AEROPORT-PARIS-ORLY.COM Chronique d'un aéroport

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DC-10 TC-JAV / 03 MARS 1974

Avion : McDonnell Douglas DC-10-10     Immatriculation : TC-JAV "Ankara"     Numéro de série : 46704 / 29    Premier vol : 1972

 

Compagnie : Turkish Airlines THY    Vol : TK 981, commercial    Trajet : Paris-Orly LFPO/ORY - Londres-Heathrow EGLL/LHR

Date : Dimanche 03 Mars 1974, 12h42 LT    Lieu : Forêt d'Ermenonville    Phase du vol : Après décollage    Victimes : 346 sur 346 

 

Le McDonnell Douglas DC-10 de la compagnie Turkish Airlines (vol Turkish Airlines 981) s'est écrasé le dimanche 3 mars 1974 en forêt d'Ermenonville, sur la commune de Fontaine-Chaalis près de Senlis (Oise) peu de temps après avoir décollé de l'aéroport de Paris-Orly en direction de Londres. Les 346 passagers et membres d'équipage périrent dans l'accident ce qui fait de lui le quatrième accident d'avion le plus meurtrier de l'histoire de l'aviation.

L'équipage

  • Nejat Berkoz (44 ans) : Commandant de bord, il a effectué 7 003 heures et 10 minutes de vol, dont 438 heures et 15 minutes sur DC-10.

  • Oral Ulusman (38 ans) : Copilote, il a effectué 5 589 heures et 25 minutes de vol, dont 628 heures et 5 minutes sur un DC-10.

 

L'accident

Le vol 981 était arrivé d'Istanbul dans la matinée, atterrissant à aéroport de Paris-Orly à 11h02, heure locale. L'avion, un DC-10, transportait 167 passagers et 13 membres d'équipage. 50 passagers débarquèrent à Paris. La seconde partie du vol entre Paris et l'aéroport londonien d'Heathrow ne devait pas être plein mais à cause d'une grève des employés de British Airways, beaucoup de passagers pour Londres qui s'étaient retrouvés bloqués à Orly furent inscrits sur le vol 981. Il y avait ainsi de nombreux amateurs de rugby qui avaient assisté au match de rugby France-Angleterre la veille, 4 mannequins britanniques, 48 banquiers japonais en stage à Londres ainsi que des passagers d'une douzaine d'autres pays. Contrairement à plusieurs rumeurs, l'avion n'était pas plein à craquer.

L'avion décolla d'Orly à 12h32 pour Heathrow. Il prit la direction de l'est puis tourna vers le nord pour éviter de survoler Paris. A 12h40, juste après avoir survolé la ville de Meaux, et à une altitude de 12 000 pieds, les contrôleurs aériens captèrent une transmission distordue du vol 981. Les alarmes de pressurisation et de vitesse furent entendues par-dessus des mots des pilotes, en turc, dont ceux du copilote disant "le fuselage a explosé." Le vol disparait des écrans de contrôle radar à 12h41'13". L'avion est en train de fondre vers le sol à une vitesse de 700 km/h. À cause des commandes hydrauliques défaillantes, il ne pourra pas être redressé à temps. L'épave est retrouvée dans le sillon de Dammartin dans la forêt d'Ermenonville (49° 08′ 44″ N 2° 38′ 04″ E), proche de la ville de Senlis.

 

L'enquête et les causes de l'accident

Les recherches engagées dès l'annonce de la catastrophe laissent perplexe : les corps de six passagers, éjectés de l'avion, ont été retrouvés à Saint-Pathus, à plus de 15 km des lieux du drame. Les enquêteurs s'orienteront d'abord vers la piste d'un possible attentat fomenté par des extrémistes arméniens, sans réussir à la démontrer.

Le résultat de l'enquête mettra en évidence :

  • un défaut de conception du système de fermeture des portes des soutes, défaut signalé aux compagnies mais non réparé sur cet avion ;

  • un mauvais verrouillage de la porte de la soute arrière par le personnel au sol ;

  • l'ouverture en vol de cette porte amenant la dépressurisation de la soute ;

  • sous l'effet de la différence de pression, l'affaissement du plancher dans lequel passaient les circuits de commande de vol de l'empennage ;

  • le blocage de ces commandes et la perte de contrôle de l'avion.

Le bilan est de 346 morts, 335 passagers (dont la moitié de britanniques) et 11 membres d'équipage. L'explosion en vol a provoqué l'aspiration d'une rangée de sièges, expliquant l'éloignement des 6 corps du lieu de l'impact.

Cette catastrophe était à l’époque la plus meurtrière qu'ait jamais connu l'aviation civile et reste la plus importante en termes de victimes qui se soit produite sur le territoire français. Lors du procès qui s'ensuivit, McDonnell Douglas fut condamné à payer 80 millions de dollars, la plus forte indemnité jamais versée à des familles de victimes d'une catastrophe aérienne.

crash TC-JAV Orly
crash TC-JAV Orly
crash TC-JAV Orly

Récit publié dans le journal La Marne (version internet) du 08/02/14 par Pascal Pioppi:

 

Nous laissons la parole à note ancien collègue Guy Couturier qui avait été l'un des premiers témoins de ce drame.

 

« Je me souviens très bien de cette catastrophe que j’ai apprise alors que je me trouvais en voiture du côté de
Claye-Souilly. J’ai illico fait demi-tour pour me rendre sur les lieux du crash en forêt d’Ermenonville où, déjà, il yavait un déploiement de sécurité important, mais non organisé. Ce qui m’a permis de pouvoir me rendre sur les lieux relativement facilement.

À mon arrivée, j’ai pu voir en premier lieu un nombre de badauds, beaucoup de promeneurs en forêt, qui
venaient pour voir le spectacle dont beaucoup avaient été les témoins, ne serait-ce que par le bruit causé par
l’épouvantable chute du jet de la Turkish Airlines. C’était carrément la foire, avec des gosses sur les épaules des
papas, des gens qui sortaient partout du bois comme s’ils revenaient de cueillir du muguet, pourchassés par les CRS qui tenaient à les écarter le plus rapidement possible de l’effroyable spectacle.

Une grande faux

L’horreur ! De très nombreux sauveteurs ont convergé peu à peu dans cette clairière infernale entièrement créée par la chute de l’avion. C’est ce qui m’a, personnellement, le plus impressionné. C’était comme si une immense faux avait abattu des milliers d’arbres d’un seul coup, laissant derrière elle une impressionnante
saignée en coupe descendante, jusqu’à ce vaste espace entièrement dévasté où s’agglutinaient les débris
épars de la catastrophe.

Syncopes en série

Mes souvenirs sont autant visuels qu’olfactifs. Quelle horrible ambiance dans ce secteur où s’affairait une
myriade de sauveteurs dans un silence… de mort et où flottait l’odeur indéfinissable du kérosène et de la chair
humaine : une boucherie dans une atmosphère de garage.
En m’approchant au plus près de ceux qui participaient à une quête mortifère, je regardais constamment où
je posais mes pieds tant le sol était couvert de débris rougeâtres. Précieusement, pompiers et volontaires de la
Croix rouge, de la protection civile et autres associations humanitaires ont ainsi nettoyé le terrain de ce carnage, extrayant des restes de la carcasse volatilisée des lambeaux humains qui procuraient à la plupart d’entre eux répulsion, malaise et parfois même des syncopes émotionnelles…

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